mercredi, février 02, 2011

L'étranger

Barbara: Le soleil noir
Après le suicide de mon meilleur ami d'enfance, un joueur (plateau, roliste et ordi) avec qui j'ai grandi.

Je nous croyais encore proches et semblables malgré la distance physique et pourtant il semble que nous étions si distant et si différent...nous n'avions pas joué depuis belle lurette, mais après son décès je me rendit compte que je gardais toujours en moi l'espoir de jouer encore un jour, lorsque nous aurons enfin à nouveau le temps...je voyais nos vieux jours comme un retour au temps libre, sa poésie pourrait laisser penser qu'il voyait les siens comme une mort lente.

A quelques heures de l'instant où il se donnait la mort, je finissais l'Étranger, qui me choqua mais me revigora. J'apprécie d'autant d'avoir lu le mythe de Sisyphe au préalable, même si l'ordre n'était pas prémédité (recommandations différentes - Onfray d'un côté et The Cure et le top 100 des livres du XXe siècle de l'autre...oui je sais, très mainstream de ma part).

Je n'appris la nouvelle que quelques jours plus tard, et elle me laissa avec autant de questions que le livre.

C'est avec la mort que l'on comprend la philosophie d'une personne je crois.

Et finalement je me dit qu'une des choses essentielles que la philosophie m'apporte, c'est d'apprécier ce qui est bon.

Pas tant bon au sens moral (pour moi en tout cas), qu'au sens du bénéfique, du focus, de ce qui aide à supporter l'absurde. Ça peut aller de la beauté, des plaisirs aux infimes détails réjouissants de la vie, et c'est pour cette raison que je ne m'explique pas son geste.

Je m'en souvenais comme d'un enfant curieux franc et naïf, je pensais qu'il avait tout pour pouvoir le rester, mais je crois que j'avais tort.
J'ai souvent cru perdre ces qualités pour toujours et je dois avouer avoir dû (et encore parfois) me battre pour les retrouver, car le quotidien érode et distrait des choses importantes.

Je ne peux m'empêcher d'être à la fois déçu et vexé qu'il ne m'ait ni répondu ni contacté depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. Il était peut-être fier, mais moi aussi après tout.

"Le contraire du suicidé, c'est le condamné à mort.", a dit Camus. Le suicidé renonce, le condamné se révolte.

Nous sommes tous nés condamnés. Je suis trop combatif pour me laisser abattre. Il n'y a plus rien à faire après la mort, et il y a toujours une autre chose à faire de son vivant.

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